Poster le 10 mai 2007 vers 9:19 par admin
par Solange Thierry
Anthropologue
Rares dans le monde sont les pays qui évoquent par leur seul nom l’image d’une danseuse. Et s’il est vrai, hélas, que d’autres images, cruelles et destructrices sont venues s’imposer dans des années de guerre et de malheur, il n’en est pas moins évident que l’art de la danse au Cambodge survit à toutes les tourmentes.
L’histoire l’atteste avec éclat : les monuments d’Angkor en effet font apparaître dès le neuvième siècle, à fleur de grès rose ou gris, des silhouettes féminines d’un charme singulier. Mi-femmes mi-êtres divins, elles avaient leurs répliques humaines à la Cour des rois bâtisseurs de la dynastie angkorienne. Une inscription épigraphique du temple de Lolei dit que le roi Indravarman offrit au dieu Shiva «des danseuses, chanteuses, musiciennes, affectées au service des prêtres, nommées au nombre de quarante deux; et au nombre de sept, des danseuses, chanteuses, musiciennes de deuxième ordre, affectées au service du public». Ce qui suppose une hiérarchie dans les rôles et donne à penser que les premières « étoiles » étaient plus proches du sacré que les derniers «sujets ».